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Ligne éditoriale de la Collection « Le Fil du récit »

La collection recueille des récits écrits par des étudiants (IRTS Paris Île-deFrance ou autres écoles), et par des professionnels en poste du travail social : éducateurs spécialisés, moniteurs-éducateurs, assistants de service social, éducateurs de jeunes enfants, aides-soignants, assistants de vie sociale, techniciens d’intervention sociale et familiale ou aides-médico psychologiques... Ces récits sont centrés sur l’histoire vivante d’une situation délicate, une « impasse » qui s’est présentée au travailleur social, à laquelle il est parvenu à trouver une issue originale et créative (« trouvaille »).

Le Fil du Récit n’est ni une collection rassemblant des ouvrages au sens courant, ni une revue composée d’articles de réflexion et/ou d’opinion. Ces récits se fondent essentiellement sur l’expérience vivante des travailleurs sociaux dans la rencontre avec une personne ou un groupe. L’apport réflexif, offert par les membres du comité de rédaction, propose un commentaire plus analytique pour chaque récit : celui-ci sert à éclairer en après-coup le potentiel généralisateur de la « trouvaille » - ses possibilités d’extension à d’autres situations problématiques.

Directeurs de collection :
François Hébert
Geoffroy Willo-Toké

Pour tous renseignements ou propositions de publication, veuillez contacter François Hébert : fhebert@parmentieridf.fr et Geoffroy Willo-Toké : gwillotoke@parmentieridf.fr

La collection recueille des récits écrits par des étudiants (IRTS Paris Île-deFrance ou autres écoles), et par des professionnels en poste du travail social : éducateurs spécialisés, moniteurs-éducateurs, assistants de service social, éducateurs de jeunes enfants, aides-soignants, assistants de vie sociale, techniciens d’intervention sociale et familiale ou aides-médico psychologiques... Ces récits sont centrés sur l’histoire vivante d’une situation délicate, une « impasse » qui s’est présentée au travailleur social, à laquelle il est parvenu à trouver une issue originale et créative (« trouvaille »).

Le Fil du Récit n’est ni une collection rassemblant des ouvrages au sens courant, ni une revue composée d’articles de réflexion et/ou d’opinion. Ces récits se fondent essentiellement sur l’expérience vivante des travailleurs sociaux dans la rencontre avec une personne ou un groupe. L’apport réflexif, offert par les membres du comité de rédaction, propose un commentaire plus analytique pour chaque récit : celui-ci sert à éclairer en après-coup le potentiel généralisateur de la « trouvaille » - ses possibilités d’extension à d’autres situations problématiques.

Directeurs de collection :
François Hébert
Geoffroy Willo-Toké

Pour tous renseignements ou propositions de publication, veuillez contacter François Hébert : fhebert@parmentieridf.fr et Geoffroy Willo-Toké : gwillotoke@parmentieridf.fr

La dernière parution - Rendez-vous avec l'Autre... - n°5 - mars 2012

 

 Extrait............

 

 

 

 Rêve d’envol

 

 Ce matin-là, je vois arriver dans notre unité de vie, accompagné par notre responsable, un homme en fauteuil roulant. Il est propre sur lui mais mal habillé, la barbe bien fournie. C’est Louis, 55 ans, paralysé du côté droit, mais plutôt costaud, avec une voix rocailleuse et le franc parler des baroudeurs de la rue : ça fait plus de vingt-cinq ans qu’il arpente le pavé de Paris, vivant de « récoltes » dans les poubelles.
Louis aime nous rappeler qu’il n’a jamais été un SDF, mais qu’il a choisi cette vie de « clochard » par dégoût de la société et refus de l’ordre.
[...]
Si j’ai bien saisi son histoire, il était la mascotte du quartier, lorsqu’à cause d’une rupture d’anévrisme, il s’est retrouvé « sur ce putain de siège roulant » comme il dit. Il en veut à la terre entière, demande le moins possible de l’aide, et s’alcoolise beaucoup pendant les fêtes. Je lui parle comme il me parle, sans détour, dans le langage de la rue ; j’écoute ses histoires comiques, salaces, ou ses souvenirs personnels. J’apprendrai ainsi sa passion : les avions. A une époque, il avait plus de deux cents maquettes et des livres en quantité sur le sujet, mais aussi des timbres du monde entier (toujours en rapport avec l’aviation) - sa vraie passion étant en fait les avions militaires.
[...]
Comme nous le craignions au départ, Louis avait décidé d’avoir chez nous la même attitude que dans la rue : aucune communication avec ses camarades, aucune hygiène. Pourquoi avoir une hygiène corporelle ? Hors de question :
- Rien à faire, j’vais bientôt crever !
[...]
Un jour, j’apprends par notre animatrice qu’une sortie au Bourget est organisée. Il y a quatre places, et elle me demande de voir si cela peut intéresser les résidents de ma structure. Je pense à Louis. Direct, j’entre dans sa chambre. Il est là, dans son fauteuil, clope à la bouche, bière sur la table, en train de regarder la télé :
- Salut Louis, comment tu vas ? Tu sais, il y a une sortie dans deux jours !

- Rien à battre !
- Avant de me dire ça, écoute au moins où on veut t’emmener !
- Vas-y que j’me marre !
- Au Bourget !
Un silence.
- Là, tu m’intéresses, continue !
Je lui explique, debout face à lui.
Réponse :
- Banco, je viens avec vous, ça va me faire du bien, ça fait deux ans depuis mon accident que j’ai pas vu un coucou !
Je tente alors le tout pour le tout :
- Louis, je ne sais pas combien de temps il te reste à vivre, mais pendant ce temps il te reste énormément de choses à vivre ; tu me dis que t’en as rien à faire du regard des autres, que t’as plus rien à prouver à personne. Mais est-ce que c’est vraiment ton désir, qu’à chaque fois que tu entres dans un endroit, les gens te montrent du doigt ou te tournent le dos à cause de ton odeur ? Nous, ici, on t’apprécie et tu pourras rien y changer. Alors réfléchis vraiment à ce que tu veux : tu vaux beaucoup plus que l’image que tu veux nous renvoyer !
Et je pose tout le nécessaire de toilette pour qu’il prenne une douche, sans insister. Louis alla prendre sa douche, se rasa, se parfuma, et passa une journée de bonheur au Bourget…
Depuis, sans lui parler de douche, je pose deux fois par semaine tout le nécessaire de toilette sur son lit et, sans rien me dire, il va se doucher.
Louis est maintenant plus ouvert, il s’est trouvé quelques amis.

Laurent Castaing [aide médico-psychologique]

 

 Extrait............

 

 

 

 Rêve d’envol

 

 Ce matin-là, je vois arriver dans notre unité de vie, accompagné par notre responsable, un homme en fauteuil roulant. Il est propre sur lui mais mal habillé, la barbe bien fournie. C’est Louis, 55 ans, paralysé du côté droit, mais plutôt costaud, avec une voix rocailleuse et le franc parler des baroudeurs de la rue : ça fait plus de vingt-cinq ans qu’il arpente le pavé de Paris, vivant de « récoltes » dans les poubelles.
Louis aime nous rappeler qu’il n’a jamais été un SDF, mais qu’il a choisi cette vie de « clochard » par dégoût de la société et refus de l’ordre.
[...]
Si j’ai bien saisi son histoire, il était la mascotte du quartier, lorsqu’à cause d’une rupture d’anévrisme, il s’est retrouvé « sur ce putain de siège roulant » comme il dit. Il en veut à la terre entière, demande le moins possible de l’aide, et s’alcoolise beaucoup pendant les fêtes. Je lui parle comme il me parle, sans détour, dans le langage de la rue ; j’écoute ses histoires comiques, salaces, ou ses souvenirs personnels. J’apprendrai ainsi sa passion : les avions. A une époque, il avait plus de deux cents maquettes et des livres en quantité sur le sujet, mais aussi des timbres du monde entier (toujours en rapport avec l’aviation) - sa vraie passion étant en fait les avions militaires.
[...]
Comme nous le craignions au départ, Louis avait décidé d’avoir chez nous la même attitude que dans la rue : aucune communication avec ses camarades, aucune hygiène. Pourquoi avoir une hygiène corporelle ? Hors de question :
- Rien à faire, j’vais bientôt crever !
[...]
Un jour, j’apprends par notre animatrice qu’une sortie au Bourget est organisée. Il y a quatre places, et elle me demande de voir si cela peut intéresser les résidents de ma structure. Je pense à Louis. Direct, j’entre dans sa chambre. Il est là, dans son fauteuil, clope à la bouche, bière sur la table, en train de regarder la télé :
- Salut Louis, comment tu vas ? Tu sais, il y a une sortie dans deux jours !

- Rien à battre !
- Avant de me dire ça, écoute au moins où on veut t’emmener !
- Vas-y que j’me marre !
- Au Bourget !
Un silence.
- Là, tu m’intéresses, continue !
Je lui explique, debout face à lui.
Réponse :
- Banco, je viens avec vous, ça va me faire du bien, ça fait deux ans depuis mon accident que j’ai pas vu un coucou !
Je tente alors le tout pour le tout :
- Louis, je ne sais pas combien de temps il te reste à vivre, mais pendant ce temps il te reste énormément de choses à vivre ; tu me dis que t’en as rien à faire du regard des autres, que t’as plus rien à prouver à personne. Mais est-ce que c’est vraiment ton désir, qu’à chaque fois que tu entres dans un endroit, les gens te montrent du doigt ou te tournent le dos à cause de ton odeur ? Nous, ici, on t’apprécie et tu pourras rien y changer. Alors réfléchis vraiment à ce que tu veux : tu vaux beaucoup plus que l’image que tu veux nous renvoyer !
Et je pose tout le nécessaire de toilette pour qu’il prenne une douche, sans insister. Louis alla prendre sa douche, se rasa, se parfuma, et passa une journée de bonheur au Bourget…
Depuis, sans lui parler de douche, je pose deux fois par semaine tout le nécessaire de toilette sur son lit et, sans rien me dire, il va se doucher.
Louis est maintenant plus ouvert, il s’est trouvé quelques amis.

Laurent Castaing [aide médico-psychologique]

La collection - Le Fil du Récit

 

N°5 : Rendez-vous avec l’Autre...
Quand je suis devant quelqu’un en proie à un malaise profond, voire enfermé dans une solitude radicale, je n’ai pas le droit de le laisser tomber ; Il faut faire quelque chose, mais quoi ?

Entretien avec Philippe Mérieu : « Parce que le récit est d’emblée porteur de sens… » 

 

N°4 : Inventer le jeu 

épuisé

 

N°3 : Dedans/dehors 

épuisé


N°2 : Récits et ricochets
   

Nous invitons le lecteur au plaisir de lire des histoires. Mais aussi à interroger la morale de chacune. L’art du récit prolonge et questionne nos actions et nos tentatives.

Entretien avec Daniel Pennac : «Écrire, c’est idéaliser. Mais le vrai problème, c’est de rendre compte de ce que vous faites, quoi que vous fassiez.»

 

N°1 : Écrire, trouver

épuisé

 

N°5 : Rendez-vous avec l’Autre...
Quand je suis devant quelqu’un en proie à un malaise profond, voire enfermé dans une solitude radicale, je n’ai pas le droit de le laisser tomber ; Il faut faire quelque chose, mais quoi ?

Entretien avec Philippe Mérieu : « Parce que le récit est d’emblée porteur de sens… » 

 

N°4 : Inventer le jeu 

épuisé

 

N°3 : Dedans/dehors 

épuisé


N°2 : Récits et ricochets
   

Nous invitons le lecteur au plaisir de lire des histoires. Mais aussi à interroger la morale de chacune. L’art du récit prolonge et questionne nos actions et nos tentatives.

Entretien avec Daniel Pennac : «Écrire, c’est idéaliser. Mais le vrai problème, c’est de rendre compte de ce que vous faites, quoi que vous fassiez.»

 

N°1 : Écrire, trouver

épuisé